Le poids de la médecine traditionnelle dans les soins : Circuit du malade en Afrique Subsaharienne

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Le poids de la médecine traditionnelle dans les soins.  Circuit du malade en Afrique Subsaharienne. Professeur Amadou Gallo DIOP

« Pourquoi avez-vous attendu si longtemps avant de l’amener à l’hôpital ? » Question quotidienne et classique posée par les agents de Santé aux malades en Afrique. Les raisons sont évidentes et simples à comprendre. Accéder à une consultation médicale est un véritable parcours du combattant dans la quasi-totalité de nos pays. Dans de nombreux cas, les patients n’ont de contact, au mieux qu’avec un personnel paramédical (infirmiers ou Sages-femmes), notamment dans les zones rurales.
Dès que la maladie commence à durer ou a des manifestations spectaculaires, le reflexe est d’en faire une « maladie surnaturelle » relevant, de facto, de la compétence du tradipraticien local (marabout, prêtre, charlatan, ou phytothérapeute). Même en milieu citadin, éduqué, cette consultation hors des circuits « modernes » est, de manière plus ou moins assumée, recherchée.

Il n’y a qu’en cas de mise en jeu du pronostic vital, que le poste ou centre de santé, sera visé. Tout en accompagnant ce process de litanies, de prières, d’enfumage ou d’administration de produits divers à boire, se frotter le corps, afin de « chasser le mal » du corps et de l’environnement de la personne qui convulse, s’asphyxie, ou plonge dans le coma. Ces faits font que beaucoup d’affections sont diagnostiquées tard, compliquant leur prise en charge. Pendant des semaines, des mois, voire des années, les symptômes (douleurs, crises, vertiges, crampes, bourdonnement d’oreilles, urination, troubles visuels, …) ont été considérés comme des signes de « maraboutage », de « mauvais œil », de « djinns » ou de « vengeances », alors qu’il s’agissait de diabète, hypertension, cancers, prostatisme, épilepsie, ulcères, migraine, dépression, infections, cérumen, sinusites et autres affections médico-chirurgicales objectives et curables si diagnostiquées à temps.. !

En même temps, il ne faut pas jeter l’opprobre sur cette « médecine traditionnelle » qui a une histoire, ses réalités, ses règles, ses spécialités, mais aussi ses avantages ses limites, ses bons et mauvais gars, ses bonnes et mauvaises pratiques, comme dans la médecine « moderne ». Il ne faut, surtout pas, en Afrique en tout cas, mettre en opposition ces deux médecines. Ce n’est pas dans l’intérêt de nos malades. Nos interdictions ne servent à rien. Retourné dans l’environnement socio-familial, les réalités locales prendront le dessus. Il faut éduquer sans imposer, sensibiliser, voire négocier et surtout expliquer. Ce que nous faisons moins bien que nos « collègues » tradithérapeutes. Eux expliquent. Même l’inexplicable. Quitte à dire des choses erronées, mais ça passe. En même temps, il y a énormément de vertus cachées dans beaucoup de produits de faunes et flores Africaines qui méritent plus d’attention, de recherche et de promotions et qui pourraient bouleverser la médecine en Afrique, voire dans la monde, pour plusieurs affections transmissibles ou non transmissibles.

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