Un universitaire plaide pour « une révolution » de l’organisation académique en phase avec le cerveau

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Le professeur Amadou Gallo Diop, chef du service de neurologie du Centre hospitalier universitaire de Fann, milite pour une « révolution » des pratiques d’apprentissage par la prise en compte de l’hygiène de vie et de l’environnement académique et familial, en phase avec le fonctionnement du cerveau humain.

Le spécialiste de neuroscience introduisait mercredi la leçon inaugurale de l’Université de Thiès, sur le thème « Le temps de l’école, le temps de la société, le temps du cerveau : les calendriers académiques sont-ils adaptés à la chronobiologie de l’apprenant ? ».

Il a invité à apprendre à connaître le mode de fonctionnement du cerveau et en fonction de cela, à révolutionner l’organisation aussi bien des horaires que de l’environnement scolaire.

« Chacun d’entre nous devait déjà provoquer une révolution au sein de sa famille. Il y a des choses qui doivent être bouleversées au niveau de l’organisation académique », à partir de ces « données scientifiques irréfutables », a dit le prix du « Marteau d’or » 2018 de l’Académie européenne de neuroscience.

« Il faut qu’à partir de Thiès, le débat soit plus intense au niveau de l’enseignement supérieur, qu’il soit porté au niveau de l’éducation nationale, du préscolaire au secondaire », a-t-il estimé.

S’adressant à un public composé surtout d’étudiants, mais aussi de professeurs, parents, autorités locales, entre autres, l’universitaire a passé en revue un ensemble de facteurs concourant selon lui à la bonne assimilation des apprentissages.

Il a évoqué le sommeil et une alimentation de qualité, une activité sportive régulière, bref une bonne hygiène de vie.

’’ARRÊTONS-NOUS UN INSTANT POUR VOIR SI CE QUE NOUS FAISONS EST ADAPTÉ’’

Selon ce spécialiste, l’environnement universitaire sénégalais, du préscolaire jusqu’au secondaire, de même que le mode de vie en famille et dans les quartiers, ne présente pas les conditions dont a besoin notre cerveau pour fonctionner de manière optimale et atteindre les performances visées.

Par exemple, l’architecture des amphithéâtres devait être revue pour faire profiter de la lumière du soleil, dont le cerveau a besoin pour préparer le sommeil de la nuit, en stimulant certaines hormones.

« Arrêtons-nous un instant pour voir si ce que nous faisons est adapté à l’environnement culturel, humain, écologique, économique (…)’’, a suggéré le conférencier.

Il a dit vouloir provoquer un débat sur l’adéquation entre l’horloge biologique humaine et l’organisation des calendriers scolaires et académiques.

Pour le professeur Amadou Gallo Diop, il faut « revoir la manière de déterminer les calendriers académiques ».

« Nous ne pouvons pas continuer à faire des enseignements lourds, compliqués entre 13 heures et 14 heures », relève-t-il. « C’est inhumain », a-t-il jugé.

Selon lui, à ces heures-là, « on a les yeux ouverts, on bouge, mais le cerveau dort à moitié ».

« Le Bon Dieu a organisé les choses dans le temps et dans l’espace, de manière parfaite », a-t-il rappelé, ajoutant qu’il y a un rythme pour chaque chose.

« Le jour est fait pour travailler, et la nuit pour dormir », a encore expliqué le Professeur Diop.

« Nous ne pouvons pas prétendre bouleverser le schéma biologique de ce qui nous fait », a poursuivi le conférencier, prévenant que tout dérèglement de cette horloge innée « provoque inéluctablement » des inconvénients, en termes sanitaires ou de performances intellectuelles.

Les enseignants qui « investissent » dans le cerveau, cet « organe extraordinaire », siège de l’intelligence, ne sont pas préparés à comprendre son mode de fonctionnement et à « apprendre aux (apprenants) à apprendre », regrette-t-il.

« UN CONSEIL : NE PAS RATER LA NUIT’’

Le professeur a vivement déconseillé aux étudiants de rester éveillés jusque tard dans la nuit.

« Les gens qui ne dorment pas assez auront inéluctablement des troubles de la mémoire », et d’autres pathologies et troubles du cerveau.

« La nuit est une partie intégrante des processus d’apprentissage », a-t-il souligné, ajoutant : « C’est la nuit que le cerveau classifie » par des connexions de neurones les choses à caser et supprime « les choses futiles ».

« C’est au cours de la nuit, au moment où nous dormons profondément, que le cerveau travaille de manière optimale à la puissance maximale ». D’où son conseil : ne pas rater la nuit.

Le sommeil de qualité est d’autant plus nécessaire chez l’enfant, dont « les futurs rails de la connaissance » se construisent entre zéro et 10 ans.

Il a évoqué la nécessité de prévoir l’activité sportive dans l’organisation académique, aussi bien par les enseignants que les apprenants, à bannir les drogues, l’alcool, la cigarette et les excitants dans les écoles.

S’y ajoute le besoin d’espaces de restauration aussi bien dans les universités que dans les écoles, vu la configuration actuelle des villes qui fait que peu de gens peuvent « se payer le luxe de rentrer à la maison pour manger à midi et revenir à l’école ».

Concernant l’alimentation, le professeur Diop invite les apprenants à se réapproprier certaines habitudes alimentaires traditionnelles, et certains fruits riches en oligoéléments, à valoriser le petit déjeûner, lors duquel l’organisme absorbe 80% de ses apports après être resté environ 15 heures à jeun.

Il déconseille de suivre aveuglément le mode occidental. Les universités doivent prévoir des points pour « boire de l’eau et vider la vessie », relève-t-il, notant que nombre de jeunes filles souffrent d’infections urinaires, puisque plus réfractaires aux toilettes insalubres, comparées aux garçons.

« Les humains ont prolongé le jour par la découverte de l’électricité », et aujourd’hui par les nouvelles technologies, avec les écrans, a-t-il dit.

S’y ajoute toutes ces nuisances faites de bruits nocturnes dans les quartiers, a-t-il relevé. Si bien que peu de gens parviennent à avoir un sommeil de qualité et en quantité suffisante la nuit.

Il conseille d’éloigner tous les appareils pouvant retarder le sommeil : télé, radio, téléphone portable et éteindre le wi-fi, pour éviter qu’il n’interfère avec les ondes magnétiques du cerveau.

’’LES ÉTUDIANTS ONT LA LOURDE MISSION D’INFORMER SUR CES ENJEUX’’

L’Université de Thiès réfléchira à l’interne sur les moyens de mettre en œuvre ces recommandations pour améliorer les performances de ses étudiants, a indiqué le recteur Ramatoulaye Diagne Mbengue.

Pour le directeur général de l’enseignement supérieur, Amadou Abdoul Sow, le ministère de l’Enseignement supérieur appuyerait toute organisation des universités allant dans le sens d’améliorer l’environnement académique, en revalorisant leur budget.

Le président de la conférence des amicales d’étudiants de l’université de Thiès, Serigne Mansour Diène, a dit avoir pris conscience de ces enjeux, estimant que les étudiants présents sont investis de « la lourde mission » d’informer leurs camarades et de sensibiliser les parents par rapport à ces paramètres essentiels de l’apprentissage, souvent perdus de vue.

APS

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